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Nous sommes en train d'enseigner aux enfants à vivre de leur image. Quel genre d'avenir sommes-nous en train de créer ?


Il y a à peine une génération, enseigner à un enfant à se regarder trop dans le miroir était considéré comme dangereux. Un excès d'ego, un piège de vanité. Aujourd'hui, en revanche, nous les éduquons dès leur plus jeune âge à poser, à cadrer, à plaire. Avant même qu'ils n'apprennent à écrire, ils savent déjà comment activer une caméra, choisir un filtre, faire une tête pour TikTok.


Nous ne le faisons pas par méchanceté. Nous le faisons parce que le monde fonctionne ainsi. Parce que la visibilité semble être synonyme d'existence. Parce que les souvenirs ont besoin de preuves visuelles. Parce qu'être vu, aujourd'hui, est une manière d'exister.


Mais... et après ?

Que se passera-t-il lorsque ces enfants grandiront en sachant que leurs moments les plus intimes étaient du contenu ? Quel genre de pensée se construit lorsque tout ce que l'on fait est fait pour être montré ? Et quel genre de relations développeront-ils si leur valeur a toujours été mesurée en clics, cœurs et partages ?


Nous ne parlons pas de technologie. Nous parlons d'humanité. De l'enfance comme spectacle. Du corps comme identité visuelle dès la naissance. D'une génération qui sera peut-être plus rapide, plus efficace, plus visuelle... mais aussi, peut-être, plus anxieuse, plus dépendante, plus vide.


Créons-nous des personnes... ou des profils ?


Table des matières :


1. Naître observé


L'une des premières choses que font de nombreux parents après la naissance de leur enfant est de l'annoncer par une image. La présentation au monde n'est plus une visite ou un appel. C'est une histoire, une photo bien cadrée, une publication qui accumule des réactions.

Cet enfant n'a pas encore de langage, mais il fait déjà partie de la narration visuelle familiale. Il grandit en sachant que sa vie a un public. Et cela, bien que cela semble innocent, change tout.

Le "je" se construit en regardant, mais aussi en sachant qu'on est regardé. Cette différence, qui appartenait autrefois aux célébrités, aux acteurs, aux leaders, elle est désormais partagée par tous les enfants. Mais sans mode d'emploi.


Mère et fille en train de se prendre en photo avec le téléphone portable.

2. Enfance documentée, identité projetée


Les enfants d'aujourd'hui entreront dans l'adolescence avec des centaines d'images d'eux publiées par d'autres. Leur identité visuelle sera déjà marquée par des décisions extérieures. Et peut-être qu'un jour, en regardant ces photos, ils se demanderont : "Est-ce que j'étais ça ? Quelle partie de cela m'appartenait vraiment ?"

Le droit à l'oubli visuel est une chimère. Tout reste. Tout circule. Tout est indexé.

Dans ce scénario, construire une identité propre est bien plus difficile. Parce qu'avant même qu'ils puissent découvrir qui ils sont, ils ont déjà un profil.


Femme tenant une échographie où l'on voit un bébé. Bébé filmé par une caméra et enfant faisant ses premiers pas.

3. Le jeu du like : dopamine à cinq ans


Beaucoup d'enfants reçoivent leurs premières doses d'approbation externe via des écrans. Une vidéo drôle, une chorégraphie, une expression bien calculée. Les likes deviennent des caresses numériques. Et comme toute caresse, elles génèrent de la dépendance.

Élevons-nous une génération plus sûre d'elle... ou plus vulnérable au jugement ? Plus expressive... ou plus dépendante de la reconnaissance ?

La dopamine ne distingue pas l'intention. Elle répond uniquement à l'impact.


Deux filles dansant et enregistrant un TikTok.

4. Éducation visuelle ou entraînement esthétique


On dit que cette génération est très visuelle. Qu'ils savent communiquer, éditer, se filmer. Mais ne confondons-nous pas la compétence technique avec la maturité communicative ?

Ils apprennent à plaire, à paraître, à répondre à des codes visuels appris. Mais qu'en est-il de la pensée critique ? De la lecture en profondeur ? De la capacité à observer sans jugement ?

Apprenons-nous à voir... ou à plaire ?


5. Le corps comme interface : filtres, perception et dissociation


À huit ans, ils savent déjà ce qu'est un filtre. À dix ans, certains veulent déjà se faire opérer. À douze ans, beaucoup ont déjà expérimenté la distance entre leur visage et leur version numérique.

Le corps cesse d'être un véhicule et devient une vitrine. Une toile qui se corrige, s'édite, se compare.

Comment construiront-ils leur estime de soi s'ils n'ont jamais appris à se voir sans médiation ? Comment aimeront-ils le réel s'ils ont toujours eu une version améliorée ?


6. Relations sans peau : liens à travers les écrans


L'amitié commence par des likes. Les relations par DM. Le lien est médiatisé par l'image. La présence se mesure en histoires vues, non en mots dits.

Apprendront-ils à soutenir le silence ? À regarder sans cadrer ? À se connecter sans s'autoéditer ?

Lorsque le corps devient une interface, l'autre cesse d'être un mystère. Et sans mystère, le lien devient plat.


Femme avec un ordinateur et des enfants avec un téléphone portable allongés sur un canapé.

7. Conclusion : Nous, nous nous souvenons. Et cela est une responsabilité


Ceux d'entre nous qui avons grandi sans cette pression d’être toujours visibles, sans devoir transformer chaque instant en image, savons qu'une autre manière de vivre est possible. Une où la valeur ne se mesure pas en interactions. Une où ce qui est important n'était pas toujours photographié.


Nous avons une mémoire que les nouvelles générations n'auront pas. Et cela est une responsabilité.

Il ne s'agit pas de revenir en arrière, mais de ne pas oublier. De créer un contraste. De montrer qu'il y a aussi une vie en dehors du cadre.


Car si un jour tous ceux qui se souviennent de ce que c'était de vivre sans se transformer en contenu disparaissent, le souvenir de cette liberté disparaîtra également.


Et alors, peut-être, il n'y aura plus personne pour savoir ce que cela fait d'être... sans se montrer.


Et peut-être qu'il n'y aura plus personne pour savoir ce que c'était que de regarder sans attendre de récompense.

Ou d'être avec quelqu'un sans avoir à le prouver.

Ou de vivre quelque chose d'intense... sans l'enregistrer.

Et alors oui, cette autre manière d'habiter le monde deviendra irrécupérable. Pas parce qu'elle était meilleure, mais parce que personne ne se souviendra qu'elle était réelle.


Groupe d'enfants jouant dans le parc

 
 
 

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